Armide

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Derniers Commentaires

Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 03:02
La MusiqueLa Musique, La Muse Euterpe, Laurent de La Hyre.
Instant de paix d'une douceur à faire pleurer tandis que, penchée sur mon théorbe encore muet, une mèche de cheveux sur la chaleur des cordes, je chante Monteverdi, et que ma voix vibre dans son corps ambré. Que cette heure est pure, gorgée de promesses, ma voix qui se déroule, mes jambes croisées avec le chien au souffle tiède- une caresse. Et une fois le théorbe rangé, son fantôme rond et  tranquille, contre mon ventre, vivant, entre mes doigts.

Par Armide
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 02:07
Opera-Garnier.JPGVue sur la scène de ma place à l'Opéra Garnier.
Fantastique, époustouflant! Jamais je ne m'étais autant amusée à l'Opéra, et pourtant, j'ai assisté à beaucoup de représentations...Pas un moment creux, du bouffon, du beau, du cocasse, un échange avec le public et comme un rappel des machineries de l'âge baroque qui m'ont ravie!
      Platée de Rameau, avec Mireille Delunsch et Paul Agnew notamment, sous la direction de Marc Minkowski, dans la mise en scène de Laurent Pelly pour la mise en scène, avec Laura Scozzi pour les chorégraphies et Chantal Thomas pour les décors, était clairement LA production à ne manquer sous aucun prétexte!
Ah, quelle Folie!!!!
Cette pauvre nymphe des marais, laide et ridicule qui se croit aimée d'un Jupiter sans scrupules, secondé par Mercure, m'a tout de même apitoyée, surtout dans la scène d'humiliation finale, lorsqu'elle se rend compte qu'en réalité, on ne s'est servi d'elle que dans le cadre d'un stratagème pour apaiser les fureurs d'une épouse- Junon- très justement jalouse! Les chanteurs étaient excellent, même si j'ai noté de petites différences d'amplitudes entre leurs voix. Mireille Delunsch dans le rôle de la Folie est incroyable, et ne parlons pas de Platée...pour moi l'un des meilleurs ténors baroques actuels, Paul Agnew.
  Comme on peut le voir, j'étais très bien placée. Exaltant! A la fin, cinq minutes avant tous les autres (vieux) de ma rangée (de riches), je me suis levée dans une standing ovation finale, complètement surexcitée! C'était une soirée de Noël PARFAITE !!!
Par Armide
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 09:57
                                  Pluie Vapeur Vitesse, William Turner.
  Du crissement des roues grippées par la nuit au ronronnement sourd sur bord de mer, du train tranchant entre chien et loup à celui qui fend les falaises rouges à midi, le train est devenu le fil conducteur, le fil qui me relie, d'un bout à l'autre, à ce que j'aime. Parenthèse essentielle que ces heures à peine conscientes pendant lesquelles je suis un simple point qui fonce devant, avec mon sang qui crie le rythme des rails dans mes veines, et cette musique dans ma tête, et cette musique pour laquelle j'avale des milliers de kilomètres chaque mois. Tout ne fait que bouger, accélérer, les paysages défilent- à peine l'oeil les a-t-il avalé que la mémoire les recrache- et je sais que je ne dois surtout pas l'empêcher, ralentir, mais aller, avec tout ce que cela comporte!
    La musique est une peinture magnifiée du temps... S'accrocher, que l'on voudrait pouvoir saisir l'instant, que l'on voudrait, s'accrocher aux notes, ralentir l'inexorable progression qui se tend jusqu'à la fin, jusqu'à ce que les passions épuisées  dans la tourbe des turpitudes humaines retombent, qu'il ne reste plus rien que le silence enfin déshabillé !

   C'est maintenant qu'il faut donner le coup de collier, encore un, même fatiguée, encore un, sous peine que le train ne me laisse en arrière. Je le sens comme jamais je ne l'ai ressenti auparavant. Ce sentiment d'urgence est devenu tactile, agressif, comme celui qui m'étreint toujours dans une passion de Bach. Après tout, la musique ne doit pas s'arrêter, même si l'on fait des fautes. Mon professeur au Conservatoire, lorsque j'avais six ans, avait été très clair là dessus, et seulement maintenant je réalise la pleine portée de ses paroles.

Alors lundi, je l'ai donné ce coup de collier. Et il en faudra un autre, et un autre, et un autre, je l'ai réalisé, sans plus jamais s'arrêter.
Parce que je pense que c'est un privilège que de pouvoir autant aimer une chose, de se sentir tellement vivante.
Parce qu'il est hors de question que je descende du train dans lequel, il y a de nombreuses  années à présent, je suis montée.


Par Armide
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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 21:51
    Je suis folle de joie...Je vais avoir un cheval ! :-D
Cela fait plus de quinze ans que je gardais ce désir pour moi...
Il faut bien dire que les chevaux, c'est de famille, avec mon arrière-grand-père maternel qui possédait un élevage entier en Russie et avait du sang mongol.
     Je discutais avec ma mère au téléphone ce matin, et nous parlions de l'état de mes finances lorsqu'elle me mit le doigt sur LA vérité: si je mettais de côté quelques centaines d'euros  de mon budget mensuel, je serais tout à fait en mesure d'avoir mon propre ami à quatre pattes, tout en conservant mon budget "autre chose"...

  J'ai décidé de reprendre les cours d'équitation pour me préparer à l' achat. Vous pouvez sans peine m'imaginer, les doigts fébriles sur le clavier, à commencer à rechercher sur les sites de différents élevages, la monture de mes rêves! Ma race préférée est l'akhal-teke, originaire des plaines bordant la mer caspienne, en Russie parait-il. J'aime beaucoup leur robe brillante et leur physique racé, quoique ils soient un peu petits:
Akal-teke:

J'aime bien les espagnols, aussi.... et..et....Enfin bon, je suis trop contente pour en écrire plus...J'ai vraiment hâte de me remettre en selle, au sens propre comme au sens figuré!


Par Armide
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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /2009 06:55
  
     Jan Miense Molenaer.
   En vue de mon cours de chant, je travaille plusieurs airs, dont Ma rendi pur contento de Bellini, et Vieni, Vieni, O mio diletto...de Vivaldi...Comment vous dire à quel point je me sens bien lorsque je chante le deuxième...Je suis clairement gagnée au baroque ! C'est fou comme cette brillance, ces couleurs, ces rutilances solaires ont griffé leurs prises sur moi, diluant parfaitement cette obsession du romantisme, de la pluie qui prélude aux claviers des pianos, du gris et de la terre humide des rues de Paris. Ce premier amour me reste en mémoire évaporé, avec l'odeur d'un très ancien printemps, et ainsi que la senteur lourde des glycines, me cause toujours un étrange mal de tête, diffus, presque pas douloureux, un simple sanglot étranglé, un simple souvenir de sanglot...d'avant.
 
Dans deux semaines, nous fêterons la Sainte-Cécile. J'ai, coïncidence, retrouvé une version de l'Ode à Sainte-Cécile que je recherchais depuis six ans, pour l'air Wondrous Machine, qui fut, lors de ma première année de licence, l'un de mes "chocs musicaux". Bien interprété, il m'ennivre complètement, mais que l'interprète ne soit pas plein de feu, de passion, et il rendra la chose d'une platitude sans intérêt. Ma version favorite était, finalement, chantée par Peter Harvey.

  "Wondrous Machine!
  To thee the Warbling Lute,
  Though us'd to Conquest, must be forc'd to yield:
    With thee unable to dispute."
     
       Ah, mes chocs musicaux...

     J'en ai eu quelques uns et à chaque fois, c'est comme une révélation, mieux qu'un bavarois à la framboise avec des fruits frais...
      Quand j'étais une très jeune adolescente, ce fut le quatrième mouvement de la sonate funèbre de Chopin...Puis il y a eu le quatuor Opus 80 de Mendelsshon écrit quelques mois avant sa propre mort, dédié à sa soeur décédée, Fanny, dont le deuxième mouvement, allegro assai, me boulverse d'ailleurs toujours complètement. Après ça, il y a eu Chostakovitch. Beaucoup de Chostakovitch.  Le deuxième mouvement de son quatuor numéro 8, son opéra Lady Macbeth, surtout sa 14ème symphonie...A la fac, Wondrous machine, tiré de l'ode à Sainte-Cécile de Purcell...Puis Enfin,il est en ma puissance, l'air d'Armide tiré de l'opéra de Lully...Beaucoup d'autres choses...
   Et Tiger, l'air tiré de Zaïde, l'opéra de Mozart....
J'étais très mauvaise en analyse auditive en licence, parce que la musique, si elle avait le malheur de me plaire, me soustrayait complètement à ma tâche d'étudiante. Pas faite pour la théorie.
          Par contre passer deux heures par jour sur une seule phrase d'un air que je travaille, j'aime ça ! Depuis que j'ai accepté, après de longs pourpalers avec ma professeur et trois années d'hésitation, de m'enregistrer lors de mes séances à la maison, j'entends ce qui me semble aller, ne pas aller, et je peux m'adapter, corriger immédiatement.
       J'apprivoise aussi mon timbre, que je commence à reconnaitre comme mien, voire à apprécier. 
       Ce qui m'avait surtout choquée à la première écoute, c'est la clarté, la légèreté de la voix, très loin de l'image que mes précédents professeurs, et que le chef de l'ensemble au sein duquel je chantais m'ont inculquée, c'est à dire, lourde, avec beaucoup de vibrato, puissante...On m'avait même dite soprano dramatique...Je comprends à présent l'air horrifé de mon professeur actuel lorsque je lui rapportais ces paroles, et surtout je me demande comment des gens, avec une expérience, du métier, ont pu me faire croire une chose pareille ! Je n'ai RIEN d'un soprano dramatique!
     Si j'essayais de décrire ce que j'entends, sans entrer dans des considérations sur ma technique dont mon professeur parlerait beaucoup mieux, donc en restant au timbre, je dirais qu'il est est clair, liquide, et que je chante sans beaucoup de vibrato, parce que mon professeur aime les voix "pures" et m'a, pendant les trois premières années sous sa tutelle, dressée à avoir une ligne de chant stable, sans falbalas excessifs. Je ressens plus d'aisance dans l'aigu, d'ailleurs, et selon ces propres dires, elle me "construit la voix par l'aigu"....C'est très intéressant de se découvrir, même si la caméra d'un appareil numérique dépassé sature un peu la voix et la prive de largeur. Au début, ça me dégoutait franchement (pas ma voix en elle-même, mais le fait que ce que j'ai de plus intime soit ainsi "montré"), mais à présent, j'aime. Et je suis très impatiente de reprendre les cours pour continuer à progresser, même si cela me cause de ces angoisses, parfois.
      D'ailleurs, lors du dernier cours, je n'ai pas vomi  au Conservatoire, je suis contente ! Par contre, cette fois-ci, j'ai éclaté en sanglots avant même le début des vocalises, lorsque ma professeur me demandait comment j'allais. Bizarre. Même pas un aveu. Je vais très bien, j'ai même poussé les portes du Conservatoire avec joie et empressement. Trop de pression. Que j'apprends à surmonter d'ailleurs, avec des progrès très appréciables. Il faut juste qu'après cette année un peu particulière, je retrouve totalement confiance en moi. Quelle petite mécanique intéressante, merveilleuse, qu'un cerveau !

 Au final, je me suis reprise, contrôlée, j'ai chanté mon Bellini, déchiffré Vivaldi avec elle, et ça s'est vraiment bien passé. Elle m'a même fait envie avec l'air qu'elle me destine après ceux-ci, baroque, beau, je le veux!
J'aime chanter.

                 
Nature morte (1679), Josefa de Obidos.
Envie de gâteaux.
Il y a eu une période où je ne désirais plus rien parce que l'on me donnait tout. Maintenant, les envies refleurissent ! Sortir! Me promener! Lire! Calligraphier! Une friandise, une robe, jouer du luth, chanter, la fac!
     En ce qui concerne la danse, je suis d'une maladresse, d'une gaucherie...ce qui est bien c'est que cela fait rire mes camarades débutantes. Je suis contente de les faire se sentir plus assurées elles-même en danse, l'espace d'un moment. Mon équilibre, une fois en position, avec les pieds en canard, est dérisoire. Mais, comme dit Madame le Professeur avec son accent chaleureux, "ça va venir"! Me voilà rassurée ! :-D

Quelle voix, ce Peter Harvey ! :
 



Par Armide
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Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /2009 15:55
      Je viens de retrouver un extrait de mon journal intime narrant mes vacances à Venise...alors que je suis déjà en plein préparatifs pour le carnaval de février....Le voici. cela me donne encore plus hâte d'y être à nouveau....
                                      Une chambre du Danieli.
     " Le mot qui résume le mieux cette semaine de pures vacances dans la Cité des Doges: baroque! Comprenez flamboyant, théatral, coupoles d'or gonflé de rose, vert velours et bleu perroquet, mouvement, fluidité des lignes de l'eau tendrement sale au bruit des pontons sous les remous, basse continue, Gabrieli et airs de Schütz, partout des courbes cassées dans la pierre, la somptuosité des lumières et l'odeur des cierges dans les églises saturées de marbre coloré... et moi, ruisselante d'étoffes tendres et de bijoux.
        Un voyage ubuesque au terme duquel le train italien, jeté sur les eaux bleues, nous a soufflé au coeur de Venise, en proie à un vent d'un froid glacial. Dès les premiers regards, c'est un ravissement, le coeur se serre; l'impression d'avoir toujours connu Venise et ses brumes de gris-rose, ses rues à souvenirs qui n'existent pas. Architecturalement, c'est un rêve, de ceux qui se diluent doucement dans le matin....
          La cité engoncée de vapeurs s'enfonce lentement dans la lagune. On se prend immanquablement, avec une incomprehensible nostalgie, à dessiner ce qu'elle fut. Aujourd'hui, Venise est pleine de touristes. Dont nous sommes. Avec délicatesse nous essayons de nous fondre dans le rêve, étrangement, comme si nous avions peur, à la manière de ces groupes qui photographient plus qu'ils ne regardent et engrangent des "curiosités", de la réveiller.

        Pour moi qui vis par la lumière, chaque heure sur la lagune est une bénédiction, un repas intérieur sans prix. je me repais de toutes ces beautés, du moindre rayon sur la pierre, perdue de considérations musicales. Venise est pour moi un peu sacrée. A l'époque baroque, beaucoup de musiciens passaient par Venise pour y recevoir l'enseignement de maitres et de compositeurs (Heinrich Schütz, notamment, vint y recevoir l'enseignement de Gabrieli), et pour moi qui suis musicienne, venir ici est un peu une manière de les approcher de plus près, jusqu'à les effleurer.
            La Scuola Grande di San Teodoro est une endroit où l'on peut assister à des concerts lyriques par I Musici veneziani, une troupe en costumes qui m' a faite rêver... Pensez-vous, travailler ici!
         Plutôt que de parcourir la ville par les canaux, nous avons préféré marcher pour en découvrir ce qui se présenterait à nous. Etonnant comme chaque ruine ici, chaque moississure sur chaque ruine, peut devenir une oeuvre d'art.
Il y avait une exposition Venise et l'Islam au Palais des Doges, très enrichissante.
En résumé, elle traite de l'échange culturel qui s'est fait entre Venise et l'Orient du neuvième au dix-huitième siècle (l'âge d'or se situant aux quinzième et seizième siècle), à renfort de tableaux et d'objets richement décorés illustrant les influences réciproques de chacune des deux cultures sur l'autre.
         Nous avons également eu la chance d'arriver à l'époque de la fête de la Santa Maria della Salute, cette fête en l'honneur de la Vierge, qui évoque l'effroyable peste de 1629-1631 ayant ravagé Venise lorsque les français et les allemands l'ont ammenée avec eux à Mantoue. La basilique a été construite en l'honneur de la Sainte Vierge, protectrice de la cité, pour se garder de la peste et a été achevée en 1681. De nos jours, le 21 Novembre, un pont de bateaux est construit reliant San Moise à santa Maria del Giglio.
          Aux abords du Grand Canal, un ruisseau de cierges qui monte en cascade inversée les marches de la basilique, tandis que les rues sont bloquées par une foule d'ombre qui se décompose en or tiède à la lueur des lampes.

       Nous avons passé des jours avec ma mère à découvrir la ville, écumer les cafés de luxe, dont le café Florian, en mangeant des biscuits raffinés trempés de chocolat chaud,et les rues du Rialto- que de belles choses!-, admirer les magasins de costumes baroques richement décorés, taffetas et velours, plumes et masques, courir après les chinois, s'écrier, rire et s'amuser avant qu'elle ne doive partir ...

      Les promenades dans l'atmosphère au soleil tièdemment ocre et rouge du soir, les balades sous la pluie grise et fine, ou la pluie drue et noire, le battement des rames, les gondoles, les petits artisans, les recoins sombres de rues minuscules, le magasin de musique, le marchand de sucreries, les boulangeries aux devantures pleines de nougats, de brioches aux fruits confits, le chien qui court fou de joie sur les pavés blancs, le silence au coeur des cathédrales...
    Que d'instantanés!
  L'hotel Danieli, où ont séjourné entre autres personnalités Georges Sand et Alfred de Musset, m'a beaucoup plu.
      Après un caprice de ma part pour changer de chambre car la couleur des murs ne me plaisait pas (il faut dire que nous ne payons pas un palace pour dormir dans une suite vert pomme quand avant notre arrivée nous avions prévenu expressément que mademoiselle ne supportait pas le vert dans une chambre) - avec quelle joie les maitres d'hotel savent réagir avant que le caprice ne commence réellement à avoir l'air d'un caprice, ils devancent tous vos désirs sans râler ni paraitre irrités, j'ai toujours aimé cela, que de professionnalisme!, nous nous sommes reposés et avons pris des photos amusantes dans la chambre, grimaçant et riant sous la lumière tamisée d'un lustre énorme en verre bleu de Murrano.

        Quel bonheur de se trouver sur la lagune!  D'ailleurs, j'ai tellement aimé Venise que je compte y retourner à nouveau assez rapidement, et que je commence à me dire que plus tard, je voudrais bien y avoir un appartement...
"

Extrait de Canzoni e Sonate de Gabrieli, qui me rappelle beaucoup Schütz.


Par Armide
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Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /2009 22:58
         Nature morte avec instruments de musique et pivoines"  , C.Loyeux.    
      La première fois que je mis les pieds dans un Conservatoire, ils étaient revêtus de babies vernies avec de gros noeuds noirs et de socquettes anglaises...C'était, à l'époque, longtemps avant que je ne découvre le chant lyrique et le piano, pour le violon. J'avais cinq ans et demi et j'en jouais depuis plus d'un an avec Marie-France, l'un des professeurs de l'établissement, une bonne soeur qui m'adorait et que je couvrais de dessins inspirés.
         Eh oui, à cinq ans, on me prenait pour la réincarnation de Marc Chagall, mais j'avais mon idée bien ancrée dans la tête !
Mon inspiration picturale, depuis, s'est tarie même si j'ai gardé une fascination pour les couleurs et un esprit fantasque; par contre, la passion pour la musique ne s'est, elle, jamais arrêté d'irriguer mon être.
                         A six ans, au violon dans le salon familial.
              Je me revois, rampant sous les chaises et les bureaux dans une salle vide tandis que ma mère finalisait mon inscription avec le directeur et que celui-ci apposait son illustre signature sur la petite carte bleue qui signifiait mon appartenance à l'téablissement, et que j'ai encore avec moi. 
Je crapahutais à quatre pattes, mes couettes balayant joyeusement le sol,mon petit nez en trompette touchant presque  le carrelage froid, dans un monde dont je ne suis jamais vraiment tout à fait sortie...
           Je ne comprenais encore que très peu le français et cette situation me gardait dans une espèce de cocon ouaté, doux et chaud, sécurisé, un univers parallèle où les adultes parlaient une autre langue et faisaient partie d'une dimension où les mots n'exprimaient rien d'autre, certainement, que des sentiments rassurants, des choses amies. Je butai un peu fort au pied d'une table lorsque j'aperçus soudain un objet de petite taille, gaiement coloré, que je saisis entre mes doigts, et oubliant sur le champ ma douleur, je l'examinai: un petit crocodile en gélatine.

       Ravie de ma trouvaille, ignorant de quoi il s'agissait, je regardais rapidement autour de moi et le portai à ma bouche, y apposant prudemment mes dents minuscules; elles s'enfoncèrent facilement et un goût sucré que je ne connaissais pas se répandit dans ma bouche, réveillant les papilles au bout de ma langue. Une fois le bonbon avalé, je rampais plus en avant et en découvrit un autre sous une chaise à proximité de moi, qui subit le même sort.  Une excitation mêlée du plaisir tout enfantin de la découverte me gagnait.
       Partout, je retrouvais fébrilement les délicieux animaux; il me semblait que l'on avait répandu, juste à mon intention, des petits crocodiles en gélatine dans toute la salle...Ils étaient verts, jaunes, oranges et rouges, mous avec un ventre blanc et doux au palais et je les avalais tout ronds après avoir croqué leur museau ou leur queue.
         Quel faste accueil le monde de la musique me faisait!


Par Armide
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